L’amour est le contraire de la possession

Aimons-nous vraiment notre conjoint si nous sommes possessifs envers lui ? Aimons-nous vraiment nos enfants, si nous cherchons à les garder pour nous ? Aimons-nous vraiment Dieu, si nous voulons qu’Il réponde à toutes nos demandes et à tous nos plans ?

Non, car l’amour est le contraire de la possession

On oppose bien souvent l’amour à la haine, mais le véritable contraire de l’amour n’est rien d’autre que la possession. L’amour donne, la possession prend. L’amour rend service, la possession est utilitariste. L’amour s’épanouit dans la liberté, la possession anéantit cette liberté. L’amour est force de vie, la possession est force de mort.

Dieu, qui est amour, l’Amour avec un grand A, n’est jamais possessif avec nous. Il respecte infiniment notre liberté, notre altérité, notre existence propre. Il ne cherche ni à nous écraser dans un rapport dominateur-dominé, ni à nous étouffer dans un amour dévorant (qui n’est pas de l’amour, mais se fait passer comme tel).

A l’inverse, le diable est incapable d’aimer, et il ne peut donc que posséder. On le voit bien chez certaines personnes, qui ont alors besoin d’être délivrées par un exorcisme. Mais sans aller jusque-là, nous pouvons aisément constater que nous cherchons tous à posséder les autres ; c’est une tentation dans laquelle il est tellement facile de tomber, car elle a toutes les apparences de l’amour.

Et pourtant, ce n’est pas de l’amour

Qu’est-ce que l’amour, sinon un don gratuit, sans retour ? Sainte Thérèse de Lisieux le dit si bien, dans cette citation devenue célèbre :

« Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même »
Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus

Mais le péché originel et les épreuves de la vie nous ont blessés dans notre capacité à nous donner, nous rendant centrés sur nous-mêmes et apeurés. Certains sont donc fermés à l’amour, comme de véritables handicapés de l’amour. Cependant leur souffrance est généralement visible, et donc assez facilement identifiable. Ces personnes affirment souvent qu’elles n’ont pas de cœur ; elles se blindent pour éviter de souffrir à nouveau, mais leur soif d’amour est immense. Cette dernière est seulement cachée derrière des murs d’insensibilité, bâtis au fur et à mesure des déceptions traversées.

D’autres personnes, au contraire, semblent être des champions de l’amour. Elles ne manquent pas une occasion de manifester publiquement à leurs proches qu’elles les aiment, se font sans cesse du souci pour les autres, donnent beaucoup de leur temps et de leur énergie pour aider, que ce soit dans leur paroisse, parmi leurs connaissances, ou dans leur propre famille.

Qu’est-ce que c’est merveilleux !

Sauf que… ces personnes sont tout autant blessées que les premières, et tout aussi handicapées qu’elles. Elles aiment, mais mal. On ne peut pas trop aimer ; l’amour vrai n’a pas de limites. En revanche, on peut croire aimer beaucoup, et en réalité vivre une passion dévorante et mortifère qui n’a plus rien à voir avec l’amour.

Alors, vous allez me dire : si on suit ton raisonnement, personne ne sait aimer ! Même quand on croit aimer, on n’aime pas, on ne va jamais s’en sortir ! C’est vrai. Nous sommes tous incapables d’aimer. Le péché originel a gravement abîmé notre capacité à le faire.

Seul l’Amour peut nous apprendre l’amour

Comment aimer alors, si ce n’est pas Dieu qui aime à travers nous ? Le Seigneur peut colmater les lésions créées par le péché et nous rendre capables d’aimer à nouveau. Il peut nous donner une force d’amour surnaturelle qui va transcender nos faiblesses et nos égoïsmes, et faire de nous des images du Christ sur terre.

Car nous sommes créés à l’image de Dieu, et Dieu est amour. Quand nous aimons, ou plutôt quand nous laissons Dieu aimer à travers nous, nous sommes donc pleinement à l’image de Dieu. Le Seigneur nous a créés pour aimer, et c’est pour cela que le diable s’acharne à nous tromper sur ce sujet.

Il nous fait donc croire différents mensonges sur l’amour :

1) L’amour, c’est être fusionnel avec l’autre

A notre naissance, après avoir passé 9 mois dans le ventre de notre mère, nous ne savons pas faire la différence entre nous et elle. Nous sommes dans la fusion, l’amour possessif par excellence. Notre mère doit répondre à tous nos besoins immédiatement, et nous pleurons parfois pendant des heures quand elle n’arrive pas à le faire. Heureusement, en grandissant, nous apprenons que notre mère n’est pas nous, et nous nous « défusionnons » progressivement.

Le père Denis Sonet aimait dire que lorsque nous tombons amoureux, nous cherchons à revivre cette fusion originelle. Comme nous avons été frustrés de ne pas réussir à pleinement faire un avec notre mère, nous essayons de reproduire cela avec notre conjoint. Souvent, nous avons l’impression que cet amour fusionnel est l’amour le plus pur et le plus grand que nous puissions ressentir, mais ce n’est pas vrai.

Si nous restons au stade de l’amour fusionnel, nous serons constamment déçus car cet amour prend toujours fin. Il ne peut pas durer car il se dévore lui-même. Et surtout, il ne respecte pas la liberté de l’autre. Nous sommes appelés à faire « une seule chair, un seul esprit et une seule âme » avec notre époux, mais cela ne se réalise pas par une fusion de nos deux personnes !

Seul Dieu peut nous unir vraiment, par la puissance du sacrement de mariage. Mais alors, nous serons pleinement deux (et même trois avec le Seigneur) tout en étant pleinement un, ce qui n’est pas le cas de la fusion, dans laquelle nous nous perdons complètement.

2) L’amour, c’est aider l’autre, même contre son gré

Nous avons tous tendance à être sauveteurs, comme le dénonce le père Pascal Ide dans plusieurs de ses livres (Le triangle maléfique, Aimer l’autre sans l’utiliser…). Nous voulons aider les autres à tout prix, même au prix de leur liberté. Ceux-ci ne veulent pas qu’on les aide ? Peu importe, on le fera quand même.

Il s’agit d’une caricature de l’amour, très efficace car difficilement décelable. Je connais plusieurs personnes qui ont fait énormément de dégâts en étant des sauveteurs en puissance. Elles n’arrivaient plus à avoir des relations normales avec les autres, car tous leurs rapports avec eux devaient être du type « sauveur/sauvé » pour fonctionner. « C’est pour ton bien » est la phrase qu’elles répétaient le plus, ne se rendant pas compte qu’elles ne respectaient pas la liberté de ceux qu’elles voulaient aider.

Souvent, nous sommes sauveteurs parce que nous avons soif de reconnaissance, soif d’amour, et les seules fois où nous en avons obtenus ont eu lieu lorsque nous avons aidé quelqu’un. Dès lors, nous voulons voler au secours de tout le monde, mais sans nous avouer que nos véritables motifs ne sont pas si désintéressés que ça. Lorsque nous ne recevons pas la gratitude que nous attendions en retour de notre aide, nous sommes alors si déçus et amers qu’il est évident que notre amour n’était pas gratuit.

Beaucoup de parents se comportent en sauveteurs avec leurs enfants. Ils veulent à tout prix leur éviter d’avoir mal, de se tromper, de faire les choses différemment. Ils sont possessifs envers eux et incapables de les laisser voler de leurs propres ailes quand le moment est venu. Mais Dieu n’agit pas comme cela avec nous. Il nous laisse libres, y compris de nous détourner de Lui, et quand Il nous aide, Il n’attend rien en retour.

La barrière est si mince entre aider et contrôler. Et en tant que parents, nous pouvons infantiliser et étouffer nos enfants si nous nous comportons en sauveteurs avec eux.

3) L’amour, c’est ressentir quelque chose de fort pour quelqu’un

Certes, je ne vous conseille pas de vous marier avec quelqu’un pour qui vous ne ressentez rien ! Mais s’arrêter au seul ressenti est un piège dans lequel il est facile de tomber. Les hormones jouent un rôle important dans nos émotions et dans nos sensations ; lorsque nous ressentons quelque chose de fort pour telle ou telle personne, est-ce vraiment nous qui aimons, ou nos hormones ?

A la naissance d’un enfant, le corps de la maman, sous l’effet des contractions de l’accouchement, produit un « shot » d’ocytocine. Elle ressent alors un immense amour pour son bébé, puissant et immédiat (et censé – je dis bien censé – lui faire oublier la douleur de ce qu’elle vient de vivre 😅).

Cependant, il est fréquent que la péridurale ou différents autres paramètres viennent interférer avec la production d’ocytocine ; ce faisant, certaines mamans ont alors du mal à ressentir ce lien très fort avec leur bébé lors des premiers instants. Cela se transforme en une grande source de culpabilité et d’incompréhension pour elles. Et pourtant… l’amour ne s’arrête pas au seul ressenti. Ce n’est pas parce que vous ne ressentez apparemment rien pour votre enfant que vous ne l’aimez pas. Vous l’aimez peut-être même plus que la maman de la chambre d’en face qui se drogue à l’ocytocine 😉

L’effet des hormones est passager. Pour aimer, nous ne devons pas nous appuyer sur notre ressenti, même si ce n’est pas facile ; nous devons prendre la décision d’aimer. L’amour se mesure dans les actes, dans le don de nous-mêmes. Tant que nous sommes contrôlés par nos hormones ou nos émotions, nous n’aimons pas vraiment, du moins nous n’aimons pas librement. L’amour commence là où notre ressenti s’arrête, et va infiniment plus loin que lui.

Que c’est beau d’aimer vraiment !

L’amour vrai, c’est magnifique, ça nous transporte directement au Ciel ! On a du mal à le croire, car pour nous, l’amour, c’est un peu niais, c’est même considéré parfois comme un signe de faiblesse. Pourtant, c’est tout le contraire. L’amour est un combat, un trésor à rechercher, l’aventure de toute une vie !

Mais il est vrai que nous nous trompons souvent à son sujet, tombant dans les pièges cités plus haut, dans ces caricatures de l’amour qui nous enferment et nous isolent. Nous croyons aimer les autres, mais nous cherchons à les posséder, à les garder pour nous.

Je suis moi-même bien souvent tombée dans ce piège. Quand je suis me suis retrouvée enceinte de mon premier enfant, j’ai eu une phobie immense de le perdre. Je me suis engagée dans un bras de fer avec Dieu, du genre : « Tu ne m’enlèveras pas mon bébé ! Il est à moi ! ». Le Seigneur m’avait fait le don de la vie, et au lieu de le recevoir, de l’accueillir, je cherchais à prendre, et j’étais malheureuse. Je vivais dans la peur, car je n’avais pas confiance en Dieu et en Son amour. Ma fille était comme un objet de valeur qui m’appartenait.

Il m’a fallu du temps pour comprendre que non, cet enfant n’est pas le mien. Le Seigneur me l’a progressivement appris, et m’a libérée de mon comportement destructeur. Aujourd’hui, je n’ai plus qu’un objectif concernant mes enfants, c’est de les aimer. Eux sont libres de m’aimer ou non, de devenir ce qu’ils veulent, de faire des erreurs. Je n’ai plus peur pour eux, car je sais qu’ils sont entre les mains de Dieu.

Oui, l’amour libère

En aimant vraiment Dieu et les autres, nous les laissons libres d’être pleinement ce qu’ils sont, nous les laissons s’épanouir sans jalousie, nous n’exigeons rien d’eux en retour. Et c’est une voie de bonheur, pour eux et pour nous. Cela modifie profondément nos schémas de pensée et nos comportements, dans tous les aspects de notre vie. J’en fais chaque jour l’expérience, et j’en suis la première étonnée.

Je voudrais terminer cet article par un extrait de la lettre que Chiara Corbella Petrillo a offerte à son fils pour son anniversaire, quelques jours avant qu’elle ne meure d’un cancer foudroyant. J’ai déjà parlé de Chiara dans plusieurs articles (notamment En finir avec les « Pourquoi ? » et Un long chemin de fiançailles…). Pour moi, elle fait partie de ceux qui ont le mieux expérimenté que l’amour est le contraire de la possession.

Elle en parle d’ailleurs dans cette lettre ; mais plus largement, c’est toute son existence qui en parle, jusqu’au don de sa vie pour sauver celle de son bébé. Son mari Enrico et elle ont simplement aimé, mais aimé vraiment, et cela en fait des personnes extraordinaires. Voici donc un extrait de la lettre de Chiara à son fils, qui est un peu son testament spirituel :

Tu te rendras compte d’aimer vraiment au fait que rien ne t’appartient vraiment parce que tout t’est offert.
Comme dit saint François : la possession est le contraire de l’amour !
Nous avons aimé ta sœur Maria et ton frère Davide et nous t’avons aimé toi en sachant que vous ne nous apparteniez pas et n’étiez pas pour nous. Tout doit être comme ça dans la vie. Tout ce que nous avons ne nous appartient jamais. C’est Dieu qui nous l’offre pour que nous puissions le faire fructifier.
Ne te décourage jamais, mon fils, Dieu ne t’enlève jamais rien, s’Il enlève quelque chose c’est juste parce qu’Il veut te donner beaucoup plus.

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J'ai voulu créer ce blog quand, encore lycéenne, je me suis mise à chercher des infos sur la vision chrétienne du couple et des relations, et que je n'ai rien trouvé d'intéressant sur internet ! Aujourd'hui, quelques années ont passé, je suis mariée depuis 2019 et maman de deux petits bouts - et vous êtes sur le blog que la lycéenne que j'étais rêvait de créer :)

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