La contraception, parlons-en :)

La contraception quand on est chrétien, c’est un sujet assez tabou, et même controversé. Dans cet article, pas question de juger qui que ce soit mais de répondre à cette interrogation : comment gérer notre fertilité selon le cœur de Dieu ? Vous allez voir, c’est un sujet passionnant 🙂

L’accueil de la vie, pilier fondamental du mariage

Le mariage chrétien repose sur 4 piliers : la liberté, l’indissolubilité, la fidélité et l’ouverture à la vie. Ces 4 piliers sont à la base de la construction d’un couple solide et durable. D’ailleurs, avant tout mariage, le célébrant doit normalement vérifier que ces 4 piliers sont bien présents chez chacun des deux époux – si ne serait-ce qu’un de ces piliers n’est pas respecté le jour du mariage, cela rend le sacrement invalide. C’est dire leur importance !

L’accueil de la vie est donc l’un de ces 4 piliers, ce qui ne signifie pas, bien sûr, qu’un couple infertile ne peut pas se marier :

« Même dans les cas où la procréation est impossible, la vie conjugale garde toute sa valeur. La stérilité physique peut en effet être pour le couple l’occasion de rendre d’autres services importants à la vie de la personne humaine, tels que l’adoption, les œuvres variées d’éducation, l’aide à d’autres familles, aux enfants pauvres ou handicapés. »
Saint Jean-Paul II, Familiaris Consortio

En réalité, l’ouverture à la vie est avant tout un état d’esprit qui nous pousse à voir la vie comme un immense don de Dieu et donc à la considérer avec respect et amour. On pourrait même parler de « chasteté » face à la vie, c’est-à-dire ne pas chercher à se l’approprier, à la contrôler ni à en percer le mystère.

Mentalité abortive et désir de possession

Dans ce domaine de l’ouverture à la vie, nous tombons facilement dans deux écueils. Le premier, qu’on pourrait appeler la « mentalité abortive », est un refus de ce don de la vie. Sans aller jusqu’à avorter, bon nombre de couples, même chrétiens, cherchent à éviter à tout prix d’avoir un enfant. Les raisons sont variées, et nous n’avons pas à juger de ce qui se passe dans l’intimité du couple. Mais nous ne pouvons que constater qu’il s’agit d’un état d’esprit opposé à celui de l’accueil de la vie.

N’ayons pas peur des mots : quand un couple déclare qu’il ne veut surtout pas d’un autre enfant pour l’instant parce qu’il met de l’argent de côté pour acheter une piscine, il s’agit d’une mentalité abortive. Parfois, c’est l’entourage qui fait pression pour que le couple n’ait pas d’autre enfant. Ou la société, qui est clairement imprégnée de cette mentalité. Mais en tant que chrétiens, nous savons qu’un enfant est toujours un cadeau de Dieu, le plus grand qui soit – il n’est ni un poison, ni un boulet, ni une erreur de calcul.

« Beaucoup de couples n’ont pas d’enfants parce qu’ils ne le veulent pas, ou ils n’en ont qu’un seul parce qu’ils n’en veulent plus, mais ils ont deux chiens, deux chats… Oui, les chiens et les chats prennent la place des enfants. (…) Je demande à St Joseph la grâce d’éveiller les consciences et de réfléchir à ceci : avoir des enfants. La paternité et la maternité sont la plénitude de la vie d’une personne. Pensez-y. (…) C’est un risque, oui : avoir un enfant est toujours un risque, qu’il soit naturel ou adopté. Mais c’est plus risqué de ne pas en avoir. »
Pape François, audience du 5 janvier 2022

L’autre écueil dans lequel nous pouvons être tentés de tomber, c’est la possessivité : vouloir un enfant à tout prix, chercher à s’approprier les enfants que Dieu nous confie. Comme je l’évoquais dans un autre article, la possession est le contraire de l’amour. Cet état d’esprit nous pousse à voir la vie comme un dû et non comme un don. Au lieu de recevoir, nous cherchons à prendre. De l’extérieur, on peut confondre cela avec une grande ouverture à la vie, mais en réalité, notre désir de possession est également un obstacle à notre accueil de l’enfant.

Si on comprend bien que cet accueil est avant tout un état d’esprit, on comprendra donc que ce n’est pas parce qu’on a une famille nombreuse qu’on est forcément plus ouvert à la vie que les voisins et leur fille unique ! Et rappelons-le aussi, la fécondité ne se restreint pas à la seule procréation – on peut avoir beaucoup d’enfants mais vivre en vase clos, fermé aux personnes âgées, malades ou pauvres qui nous entourent.

Ouverture à la vie et contraception

L’accueil de la vie n’exclut pas la responsabilité. Dans ce domaine si intime, chaque couple a son propre discernement à faire pour savoir s’il est nécessaire d’espacer les naissances, tout en restant ouvert à une grossesse imprévue. Nous sommes appelés à vivre une paternité et une maternité responsables.

Je connais un couple chrétien qui pensait que l’ouverture à la vie signifiait « avoir le plus d’enfants possible ». Or la jeune maman avait une santé fragile et ses multiples grossesses ont été très difficiles à vivre pour elle. Ce couple a failli voler en éclats car il n’était clairement pas prêt à élever autant d’enfants d’un coup – et les enfants eux-mêmes en ont beaucoup souffert. D’où l’importance de discerner la volonté de Dieu sur notre couple et notre famille, sans nous comparer aux autres, dans un accueil ajusté et responsable de la vie.

C’est pour cela que l’Église encourage l’utilisation de méthodes de régulation des naissances, à condition bien sûr qu’elles respectent cet ouverture à la vie si essentielle. Mais régulation ne signifie pas contraception… c’est donc l’heure d’un petit point sur les différentes méthodes existantes 😉

Les différentes méthodes (régulation, contraception…)

On peut distinguer plusieurs catégories :

  • La stérilisation : il s’agit de se fermer définitivement (ou quasi-définitivement) à toute possibilité d’avoir un enfant. Il peut s’agir d’une stérilisation de la femme (occlusion des trompes) ou de l’homme (vasectomie).
  • Les méthodes qui « bloquent » le cycle féminin : elles ont une action chimique, hormonale ou mécanique sur le cycle de la femme et peuvent avoir des conséquences à plus ou moins long terme sur sa santé, sa fertilité et sa libido. Elles ne respectent donc pas l’intégrité physique de la femme. Parmi ces méthodes, on trouve la pilule, le stérilet, le patch, l’implant, l’anneau vaginal et l’injection contraceptive.
  • Les méthodes qui « bloquent » les spermatozoïdes : elles empêchent ces derniers d’accéder à l’utérus et/ou les détruisent directement. On y trouve les préservatifs masculins et féminins, le diaphragme, les spermicides et la cape cervicale. Dans cette catégorie, on peut également placer le retrait (l’homme se retire du vagin de la femme juste avant l’éjaculation). Ces méthodes sont dénoncées dans la Bible avec l’exemple d’Onane (Gn 38, 8-10).
  • Les méthodes naturelles : basées sur l’observation des signes de fertilité de la femme, ces méthodes sont respectueuses de ses cycles et lui permettent même d’apprendre à mieux se connaître. On trouve notamment la méthode Billings et la symptothermie, ainsi que la méthode MAMA pour les femmes qui allaitent.

L’Église encourage l’utilisation des méthodes naturelles et dénonce les autres méthodes comme étant « illicites ». Il ne s’agit pas bien sûr de condamner les personnes qui y ont recours, parfois par ignorance, mais de chercher à toujours mieux suivre la volonté de Dieu :

« L’Église, rappelant les hommes à l’observation de la loi naturelle (…) enseigne que tout acte matrimonial doit rester ouvert à la transmission de la vie. Cette doctrine (…) est fondée sur le lien indissoluble, que Dieu a voulu et que l’homme ne peut rompre de son initiative, entre les deux significations de l’acte conjugal : union et procréation. (…) C’est en sauvegardant ces deux aspects essentiels que l’acte conjugal conserve intégralement le sens de mutuel et véritable amour »
Saint Paul VI, Humanae Vitae

Les méthodes naturelles, une voie exigeante

Ce n’est pas parce que les méthodes naturelles sont compatibles avec l’accueil de la vie qu’elles sont forcément évidentes à gérer ! Pour la plupart, elles demandent de suivre une formation avec une monitrice ou un couple accompagnateur. Elles nécessitent également une période d’abstinence au moment où la femme est potentiellement fertile.

Avec mon mari, nous avons suivi avant notre mariage une formation sur la méthode Billings car nous étions très décidés pour une régulation naturelle des naissances. Cette formation a été vraiment très intéressante et complète ; en revanche nous avons rapidement découvert que mon profil de fertilité était particulièrement compliqué à cerner et changeait souvent. Quand, après deux grossesses rapprochées (et voulues, je précise), nous avons souhaité espacer un peu la prochaine naissance, nous nous sommes vite rendu compte que c’était surtout nos unions que nous devions espacer – et de beaucoup 🤪

Certes, mon profil est loin d’être la norme et pour la plupart des couples, les méthodes naturelles sont vécues avec beaucoup de joie ! Mais il me semble important de préciser que l’utilisation de ces mêmes méthodes peut être un vrai chemin de croix pour d’autres. Cela ne remet pas en question notre choix, et Dieu nous donne beaucoup de grâces dans ce domaine ; attention, cependant, à ne pas présenter les méthodes naturelles (comme je l’ai souvent vu) de manière idyllique et déconnectée de la réalité :

« Lorsqu’un mari est en déplacement chaque semaine en raison de son travail, lorsque la femme a des profils de fertilité aléatoires, vivre sa sexualité sereinement est parfois difficile avec les méthodes naturelles. (…) Selon nous, il est peut être opportun que ces couples puissent faire temporairement le choix d’une autre méthode, mais – attention – uniquement si la technique retenue n’est pas abortive. L’important est que le couple sache remettre en cause sa décision, qu’il soit très vigilant à ne pas évoluer vers des comportements sexuels « contraceptifs » (quand je veux ! comme je veux !) et envisage régulièrement de revenir à ce à quoi nous invite l’Église. »
Alex et Maud Lauriot-Prévost

 

La beauté d’une sexualité ouverte à la vie

Dans cette interview de 2011 pour Famille Chrétienne, Alex et Maud Lauriot-Prévost parlent ainsi avec beaucoup de réalisme des méthodes naturelles :

« Sur les méthodes naturelles, toute la difficulté est de ne pas en faire un discours moral ou militant mais un discours qui donne soif de qualité et de beauté dans la vie conjugale et sexuelle. De nombreux couples ont le désir de vivre ces méthodes mais butent sur nombre de difficultés et il faut les entendre. Les méthodes naturelles sont un objectif, un appel, pas uniquement un moyen. Les connaître, les accueillir et les accepter implique un vrai chemin de vie avec le Christ. »
Alex et Maud Lauriot-Prévost

En vérité, comme pour le mariage et la vie chrétienne en général, notre sexualité n’est pas et ne sera jamais un long fleuve tranquille sur lequel il suffirait de se laisser porter. C’est un lieu de combat, mais aussi de grandes grâces ! C’est un lieu d’enjeu, appelé à être purifié pour porter du fruit, comme les sarments de vigne que Dieu taille pour les rendre féconds (Jn 15, 1-8).

Et les fruits sont exceptionnels, croyez-moi… L’utilisation des méthodes naturelles pousse ainsi le mari à mieux connaître et respecter sa femme, son corps et ses cycles. Les périodes d’abstinence sont une occasion géniale d’apprendre à exprimer sa tendresse de manière gratuite, et surtout nous aident à toujours accueillir l’autre comme un cadeau, sans chercher à le posséder. C’est un booster de dialogue dans le couple, et en plus de cela, c’est écolo, sans danger pour la santé, et très intéressant économiquement parlant ! Et surtout, notre sexualité reste ouverte à la vie, à condition bien sûr que ce soit bien notre état d’esprit :

« La continence périodique, pratiquée pour réguler naturellement la procréation, requiert une profonde culture de la personne et de l’amour. En effet, elle demande écoute et dialogue mutuel entre les époux, attention et sensibilité pour l’autre, maîtrise de soi constante : autant de qualités qui expriment un véritable amour pour la personne du conjoint pour ce qu’il est, et non pour ce que vous voudriez qu’il soit. La pratique des méthodes naturelles exige la croissance personnelle des époux dans l’édification commune de leur amour. (…) Il n’est pas possible de pratiquer les méthodes naturelles comme une variante « licite » d’un choix de fermeture à la vie, qui serait donc substantiellement analogue à celui qui inspire la contraception ; lorsqu’il y a une disponibilité fondamentale à la paternité et la maternité, comprises comme collaboration avec le Créateur, le recours aux méthodes naturelles devient partie intégrante de la responsabilité d’amour et de vie. »
Saint Jean-Paul II, discours du 14 décembre 1990

Pour conclure…

Je remarque depuis quelques temps que les méthodes naturelles sont de plus en plus promues par des non-chrétiens. Beaucoup de femmes en ont ras-le-bol de la pilule, les hommes n’aiment pas franchement le préservatif, et l’on parle enfin davantage de la pression qui pèse sur les femmes au sujet de la régulation des naissances, dont elles se sentent souvent les seules responsables.

Force est de constater que l’Église avait de l’avance dans ce domaine, malgré toutes les critiques qu’elle a pu essuyer (dès 1968 avec Humanae Vitae de saint Paul VI, qui condamne la contraception artificielle). On l’a qualifiée de rétrograde, de coincée, mais il faut croire qu’elle était surtout bien inspirée par l’Esprit-Saint, puisqu’aujourd’hui les méthodes naturelles ont de plus en plus le vent en poupe – j’ai même entendu des féministes athées militantes déclarer que la symptothermie était une libération majeure de la femme !

Alors oui, tout n’est pas rose ni simple, mais il y a toujours plus de joie à atteindre le Mont Blanc que la motte de terre du voisin… Et croyez-moi, la sexualité telle que voulue par Dieu, c’est l’Everest 😇

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J'ai voulu créer ce blog quand, encore lycéenne, je me suis mise à chercher des infos sur la vision chrétienne du couple et des relations, et que je n'ai rien trouvé d'intéressant sur internet ! Aujourd'hui, quelques années ont passé, je suis mariée depuis 2019 et maman de deux petits bouts - et vous êtes sur le blog que la lycéenne que j'étais rêvait de créer :)

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